{"id":17317,"date":"2026-09-08T11:45:38","date_gmt":"2026-09-08T11:45:38","guid":{"rendered":"https:\/\/tabouleinfos.com\/?p=17317"},"modified":"2026-09-08T11:59:04","modified_gmt":"2026-09-08T11:59:04","slug":"industrialiser-la-musique-guineenne-au-dela-de-la-redistribution-construire-un-ecosysteme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tabouleinfos.com\/index.php\/industrialiser-la-musique-guineenne-au-dela-de-la-redistribution-construire-un-ecosysteme\/","title":{"rendered":"Industrialiser la musique guin\u00e9enne : Au-del\u00e0 de la redistribution, construire un \u00e9cosyst\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Depuis avril 2026, le Bureau Guin\u00e9en du Droit d\u2019Auteur a remis un montant historique aux mains des artistes, 13,64 milliards de francs guin\u00e9ens. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement sans pr\u00e9c\u00e9dent pour le secteur. Tout le monde s\u2019en r\u00e9jouit. Mais regardez de plus pr\u00e8s et quelque chose cloche.<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">L\u2019\u00c9tat a fait ce qu\u2019il devait faire. Il a collect\u00e9 et redistribu\u00e9 les droits d\u2019auteur. C\u2019est louable, oui. Mais cet accomplissement cache quelque chose de plus grave, une paralysie strat\u00e9gique. Pendant que la machine administrative s\u2019am\u00e9liore, l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me qui devrait vraiment porter les artistes vers une carri\u00e8re viable reste fragment\u00e9, informel, livr\u00e9 \u00e0 des amateurs sans aucun statut professionnel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">La Guin\u00e9e et l\u2019Afrique de l\u2019Ouest en g\u00e9n\u00e9ral confondent deux choses qui n\u2019ont rien \u00e0 voir, la stabilisation avec la structuration. On pense que payer les droits d\u2019auteur suffit \u00e0 cr\u00e9er une industrie. C\u2019est une erreur co\u00fbteuse.<\/span><\/p>\n<ol>\n<li><strong><span style=\"font-size: 16pt\">L\u2019\u00c9tat paie. L\u2019artiste survit. Le secteur stagne.<\/span><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Personne n\u2019aime l\u2019admettre, mais c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9. De nos jours, percevoir ses droits d\u2019auteur ne suffit pas \u00e0 vivre de son art.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Un artiste qui d\u00e9pend enti\u00e8rement des droits d\u2019auteur est \u00e0 la merci de cha\u00eenes de collecte lointaines. Radio, t\u00e9l\u00e9vision, t\u00e9l\u00e9coms, plateformes num\u00e9riques. Et les revenus ? Ils arrivent tard, tr\u00e8s tard, parfois 18 mois apr\u00e8s. Quand ils arrivent, c\u2019est du collectif, difficile \u00e0 tracer, fragment\u00e9 par cat\u00e9gorie. M\u00eame en C\u00f4te d\u2019Ivoire o\u00f9 la machine tourne depuis plus longtemps, les artistes ne vivent pas de droits seuls.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Ils survivent de la sc\u00e8ne. Des tourn\u00e9es. Des partenariats de marque. De la synchronisation pour des films. De l\u2019enseignement. De la production pour d\u2019autres artistes. C\u2019est un \u00e9cosyst\u00e8me commercial autour de leurs talents, pas une redistribution passive g\u00e9r\u00e9e par l\u2019\u00c9tat.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">En Guin\u00e9e, cet \u00e9cosyst\u00e8me n\u2019existe tout simplement pas. Oui, on parle de construire des salles de concert. Mais \u00e0 part le Palais du Peuple qui n\u2019est m\u00eame pas aux normes de s\u00e9curit\u00e9, par manque d\u2019issus de secours lorsqu\u2019on est dans les loges d\u2019artiste et le sous sol il n\u2019y a rien. Rien de vraiment professionnel adapt\u00e9es aux sc\u00e8nes de spectacle a l\u2019image des salle Eko Convention Centre du Nigeria\u00a0 et The O2\u00a0 qui est la plus grande salle de concerts de Londres qu\u2019ont respectivement une capacit\u00e9 de 6000 et 5600 spectateurs,<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Pas de tourneurs professionnels, pas d\u2019agents reconnus, pas de contrats standardis\u00e9s, pas de couverture sociale \u00e9largie aux \u00e9quipes. Le comble, le Code du Travail guin\u00e9en ignore compl\u00e8tement le statut de l\u2019artiste.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Les talents en Guin\u00e9e. Bien au-del\u00e0 de la musique urbaine<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">\u00c0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, on a pris l\u2019habitude de r\u00e9duire la sc\u00e8ne musicale guin\u00e9enne au rap et \u00e0 la musique urbaine. C\u2019est une erreur. Le rap, oui, c\u2019est un vivier intarissable depuis deux d\u00e9cennies. Mais regardez plus loin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Plusieurs artistes guin\u00e9ens ont r\u00e9ussi \u00e0 changer de registre musical. Sia Tolno, Queen Rima, Soul Banks, Banlieuzart. Ils ont commenc\u00e9 aupr\u00e8s de la jeunesse, puis ils ont \u00e9largi. Ils ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u00e9duire la classe d\u2019adultes, 40 \u00e0 70 ans, qui au d\u00e9part ne s\u2019y int\u00e9ressaient pas du tout. Cela montre quelque chose d\u2019important, que ces artistes n\u2019attendent que le soutien d\u2019une vraie infrastructure pour exploser. Ils ont le talent. Ils ont le public. Il leur manque juste le cadre.<\/span><\/p>\n<ol>\n<li><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Le r\u00e9seautage absent. Pourquoi les m\u00e9c\u00e8nes et op\u00e9rateurs ne font pas m\u00e9tier<\/span><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">La Guin\u00e9e a les briques de base. En octobre 2025, seize acteurs culturels ont suivi une formation en Musique Assist\u00e9e par Ordinateur \u00e0 la Cit\u00e9 des Arts de Ratoma, au FODAC et au Centre Culturel Franco-Guin\u00e9en. Depuis, des initiatives sortent du bois. Des laboratoires de cr\u00e9ation. Des formations ponctuelles. Des showcases num\u00e9riques. Le probl\u00e8me ? Chacun reste isol\u00e9. Personne ne communique avec les autres. Aucun n\u2019alimente un v\u00e9ritable circuit commercial.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">L\u2019\u00c9tat, lui, a cr\u00e9\u00e9 un cadre juridique. La Loi d\u2019Investissements de 2016 d\u00e9clare les industries cr\u00e9atives comme secteur prioritaire. Le d\u00e9cret de janvier 2022 divise le minist\u00e8re de la Culture en services sp\u00e9cialis\u00e9s. La Loi 2019\/0028 renforce la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique. Mais les textes restent sur le papier.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Bien qu\u2019existe une association des managers de Guin\u00e9e, aucun guichet administratif ne dit aux jeunes agents comment devenir manager agr\u00e9\u00e9. Bref aucune instance ne formalise les accords entre m\u00e9c\u00e8nes, artistes et op\u00e9rateurs avec la l\u00e9galit\u00e9 qu\u2019ils m\u00e9ritent. R\u00e9sultat\u2026Notre pays produit des artistes de talent. ElbaLux, Sheba Queen, Straiker, Thiird, AK, Maxim BK, Sirani Cissoko et tant d\u2019autres. Mais ils se retrouvent dans le vide, livr\u00e9s aux amateurs. Les rares m\u00e9c\u00e8nes s\u00e9rieux n\u2019ont aucun cadre pour formaliser leur soutien pendant que des op\u00e9rateurs culturels revendiquent un statut qui n\u2019existe nulle part.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Les acteurs de premier plan. Une occasion manqu\u00e9e de structuration<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Nous avons\u00a0 vu plusieurs acteurs majeurs du secteur culturel acc\u00e9der \u00e0 des positions minist\u00e9rielles en Guin\u00e9e. Bill de Sam, artiste de premier plan de sa g\u00e9n\u00e9ration, a occup\u00e9 le poste de Ministre en charge de la Culture, de m\u00eame que Fodeba Isto Keira, grand promoteur, A aussi franchi le pas, feu Ahmed Tidiane Ciss\u00e9, homme de lettres respect\u00e9, a dirig\u00e9 le portefeuille de la Culture. Et puis il y a les autres aux rangs desquels l\u2019on peut citer Sansy Kaba, Malick Keb\u00e9, Tidiane Soumah, Sitanium Ciss\u00e9, Aboubacar Mamadou Camara, Mathieu Moussa Kourouma, Youssouf Decazy, Sekouba Kandia Kouyate, etc. Tous des acteurs de premier plan du secteur culturel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Ces trajectoires auraient pu \u00eatre des points de bascule. Des occasions de restructurer le secteur de l\u2019int\u00e9rieur. Mais en observant les faits, c\u2019est dur \u00e0 accepter, ces professionnels du secteur, malgr\u00e9 leur talent reconnu, sont pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019occasion structurante. Aucun n\u2019a port\u00e9 une r\u00e9forme syst\u00e9mique de sa corporation d\u2019origine. Les artistes n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi l\u00e9s\u00e9s que sous leurs mandats. Le secteur n\u2019a pas fait la transition vers la professionnalit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">C\u2019est une le\u00e7on am\u00e8re mais utile. Les professionnels du secteur ne sont pas forc\u00e9ment les meilleures personnes pour le transformer. Ils portent les r\u00e9flexes, les alliances, les habitudes du m\u00e9tier qu\u2019ils ont connu. Le changement syst\u00e9mique demande une autre posture. Celle d\u2019un novice qui remet en question les pratiques \u00e9tablies. Ou celle de quelqu\u2019un qui n\u2019a pas d\u2019int\u00e9r\u00eat personnel dans le statu quo.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">C\u2019est pour cette raison qu\u2019on a salu\u00e9 la nomination de Moussa Mo\u00efse Sylla au minist\u00e8re de la Culture. Pour la premi\u00e8re fois, quelqu\u2019un sans racines profondes dans les r\u00e9seaux professionnels \u00e9tablis. Et voil\u00e0 que ce minist\u00e8re commence \u00e0 poser des jalons de v\u00e9ritable r\u00e9forme. Des r\u00e9formes qui ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9panouir progressivement les artistes guin\u00e9ens. Le chemin est long, mais au moins le d\u00e9part est clair et visible. Parfois, le changement sectoriel requiert des outsiders.<\/span><\/p>\n<ol>\n<li><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Les festivals disparus. Quand l\u2019absence de mod\u00e8le \u00e9conomique tue l\u2019ambition<\/span><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Le festival An\u00e8n\u00e8 avait cr\u00e9\u00e9 un pont entre la Guin\u00e9e et l\u2019Hexagone. Le festival doyen, Le Rap Aussi avait \u00e9galement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un r\u00e9seau, un savoir-faire. Et puis tout s\u2019est arr\u00eat\u00e9. Les initiateurs sont partis \u00e0 l\u2019administration. Les b\u00e9n\u00e9voles se sont dispers\u00e9s. Personne n\u2019a repris le flambeau. Donc voil\u00e0, on se retrouve avec des initiatives ponctuelles, sans continuit\u00e9, sans structure. Des initiatives qui ont brill\u00e9 quelques ann\u00e9es avant de dispara\u00eetre des radars. Pourquoi cela arrive-t-il partout ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">C\u2019est simple, \u00e0 Conakry comme ailleurs en Afrique de l\u2019Ouest, un festival sans mod\u00e8le de revenus c\u2019est une h\u00e9morragie. Les \u00e9quipes qui les animent n\u2019ont pas de salaire. Les sponsors cherchent une belle image pour six mois. Pas un engagement de trois ans. Les m\u00e9lomanes, fans et grand public applaudissent, mais jamais ils ne convertissent cela en budget r\u00e9current.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Regardez Abidjan tout pr\u00e8s en C\u00f4te d\u2019Ivoire, le pays n\u2019a pas trouv\u00e9 de formule magique. Mais elle a accept\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9, celui de fonder un espace de festival durable comme une entreprise. C\u2019est bien le cas du MASA, FEMUA, et tout r\u00e9cemment Mother Africa festival. Il faut des sponsors qui s\u2019engagent sur plusieurs ann\u00e9es. Des partenariats public-priv\u00e9 avec de clauses claires. Une \u00e9quipe pay\u00e9e en permanence. Un flux de revenus pr\u00e9visible autours des tickets, concessions, droits de brassage, donn\u00e9es spectateurs \u00e0 mon\u00e9tiser.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">La Guin\u00e9e attend que les festivals se fassent par passion. Et puis elle s\u2019effondre quand la passion \u00e9puise l\u2019\u00e9nergie. Elle oublie quelque chose d\u2019\u00e9l\u00e9mentaire. La passion nourrit l\u2019art, mais pas l\u2019artiste. Seule l\u2019industrie le fait.<\/span><\/p>\n<ol>\n<li><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Le contexte ouest-africain. Pourquoi la Guin\u00e9e rate le coche<\/span><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">La C\u00f4te d\u2019Ivoire est devenue la capitale musicale de la francophonie. Pas gr\u00e2ce au talent, m\u00eame si le talent y est. Mais gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019infrastructure. Abidjan a accueilli en 2022 le premier Salon des Industries Musicales d\u2019Afrique Francophone. Tous y convergent, labels, distributeurs, artistes, m\u00e9dias, tourneurs, presse, influenceurs, sponsors. Le coup\u00e9-d\u00e9cal\u00e9 s\u2019exporte parce que des \u00e9quipes professionnelles le portent. Le zouglou perdure parce qu\u2019une industrie le soutient.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Le S\u00e9n\u00e9gal a valid\u00e9 en mars 2024 cinq textes d\u2019application d\u2019une Loi portant Statut de l\u2019Artiste. Cela veut dire que le musicien s\u00e9n\u00e9galais a un statut l\u00e9gal. Il a une couverture sociale. Il a des droits du travail clairs. La Guin\u00e9e r\u00eave de cela sans l\u2019\u00e9crire, c\u2019est en cela nous invitons les d\u00e9put\u00e9s de la nouvelle assembl\u00e9e nationale a plus de r\u00e9flexion pour combler ce vide.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Le Nigeria n\u2019a besoin de parler de rien. Lagos et ses milliers de studios parlent \u00e0 sa place. L\u2019Afrobeats a export\u00e9 des artistes au-del\u00e0 de l\u2019Afrique parce qu\u2019elle combine talent, production de qualit\u00e9 mondiale et entrepreneurs culturels qui connaissent le show-business international.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">La Guin\u00e9e a l\u2019h\u00e9ritage. Bembeya Jazz, K\u00e9l\u00e9tigui et ses Tambourinis, Balla et ses Baladins, etc. Elle a une jeune g\u00e9n\u00e9ration talentueuse avec\u00a0 des traditions mandingues que le monde entier observe. Mais elle confond patrimoine avec march\u00e9. Le patrimoine se c\u00e9l\u00e8bre. Le march\u00e9, lui, s\u2019organise, s\u2019exporte, se mon\u00e9tise.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Red\u00e9finir le r\u00f4le du BGDA, de la redistribution passive au soutien structurel<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Le Bureau Guin\u00e9en du Droit d\u2019Auteur en tant qu\u2019organisme de service public s\u2019est concentr\u00e9 sur une seule mission celle de collecter et redistribuer les droits d\u2019auteur. C\u2019est louable. C\u2019est n\u00e9cessaire. Mais c\u2019est loin de suffire. L\u2019\u00c9tat a cr\u00e9\u00e9 un cadre de redistribution. Il n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 les conditions d\u2019une industrie viable.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">D\u2019abord le BGDA doit \u00e9largir son assiette de financement et son champ d\u2019action pour devenir un instrument r\u00e9el de soutien structurel. Cela passe par trois leviers.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Ensuite, la gestion d\u2019une assurance sant\u00e9 pour les artistes. Un des d\u00e9ficits majeurs du secteur culturel guin\u00e9en, c\u2019est l\u2019absence de protection sociale. Sauf une minorit\u00e9 qui avait un statut salari\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque du premier r\u00e9gime quand les orchestres \u00e9taient dans l\u2019administration publique, les artistes travaillent sans contrat, sans couverture maladie, sans syst\u00e8me d\u2019\u00e9pargne. Le BGDA pourrait capitaliser sur les droits d\u2019auteur qu\u2019il redistribue pour financer une couverture sant\u00e9 collective pour tous les artistes d\u00e9clar\u00e9s et leurs familles. Cela donnerait une s\u00e9curit\u00e9 aux artistes en cas de maladie ou d\u2019accident. Cela stabiliserait aussi le secteur : un artiste soign\u00e9 et assur\u00e9 peut produire durablement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Enfin, la collecte des taxes num\u00e9riques \u00e0 la fronti\u00e8re. La Guin\u00e9e importe massivement des contenus musicaux num\u00e9riques. Des cl\u00e9s USB, des disques durs, des fichiers vendus en ligne via des plateformes \u00e9trang\u00e8res. Ces importations g\u00e9n\u00e8rent des revenus pour les distributeurs \u00e9trangers. Tr\u00e8s peu revient en Guin\u00e9e. Le BGDA pourrait nouer une synergie avec la douane pour percevoir une taxe sur ces entr\u00e9es num\u00e9riques. Une redevance que les importateurs paieraient au moment du passage en douane. Cette taxe \u00e9largirait l\u2019assiette de revenus de cet organisme public au-del\u00e0 des seuls frais d\u2019enregistrement. Et cela garantirait que les flux num\u00e9riques de musique g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent des revenus pour la structuration du secteur local.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Actuellement, le BGDA g\u00e8re les droits d\u2019auteur stricto sensu. Il pourrait \u00e9tendre son mandat. La perception de droits connexes pour les artistes-interpr\u00e8tes et les producteurs de phonogrammes au-del\u00e0 des simples compositeurs. L\u2019accompagnement l\u00e9gal des contrats entre m\u00e9c\u00e8nes, artistes et op\u00e9rateurs. La certification de studios d\u2019enregistrement professionnels. Le versement de subventions ou de microcr\u00e9dits aux jeunes producteurs musicaux. La gestion d\u2019une plateforme de r\u00e9seautage en ligne o\u00f9 les artistes cherchent un manager, o\u00f9 les m\u00e9c\u00e8nes cherchent des projets, o\u00f9 les tourneurs trouvent des artistes. Cet \u00e9largissement transformerait le BGDA en v\u00e9ritable instrument d\u2019une politique de structuration. Plus seulement un guichet administratif de redistribution.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Structurer la production. Les cinq mesures de professionnalisation<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Plusieurs observateurs du secteur partagent le m\u00eame diagnostic. La production musicale en Guin\u00e9e souffre d\u2019une absence d\u2019encadrement professionnel. Des gens qui se r\u00e9clament du talent artistique sans aucun professionnalisme envahissent le milieu culturel. Cela nuit aux artistes. Cela nuit \u00e0 l\u2019image du pays \u00e0 l\u2019international. La culture guin\u00e9enne m\u00e9rite mieux. Cinq mesures concr\u00e8tes pourraient assainir et formaliser le secteur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Premi\u00e8re mesure : r\u00e9server l\u2019ouverture des studios d\u2019enregistrement aux professionnels guin\u00e9ens qualifi\u00e9s. Seuls des professionnels reconnus, de nationalit\u00e9 guin\u00e9enne, disposant de certifications ou d\u2019une exp\u00e9rience attest\u00e9e pourraient ouvrir un studio. Cela \u00e9vite que des ressortissants \u00e9trangers sans comp\u00e9tence r\u00e9elle ne s\u2019enrichissent au d\u00e9triment des artistes locaux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Deuxi\u00e8me mesure : imposer la constitution en personne morale de droit guin\u00e9en non pas associatif mais plut\u00f4t en soci\u00e9t\u00e9 type OHADA. L\u2019ouverture d\u2019un studio serait conditionn\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une structure l\u00e9gale guin\u00e9enne, SARL, SA \u00e9quivalente. Cela cr\u00e9e une trace l\u00e9gale, une responsabilit\u00e9 civile, une obligation de transparence financi\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Troisi\u00e8me mesure : encadrer l\u2019activit\u00e9 de production musicale. Les personnes physiques ne pourraient plus exercer librement. Elles devraient se constituer en soci\u00e9t\u00e9. Cela structure, assainit et organise le secteur durablement. Cela n\u2019exclut pas les petits producteurs, mais les pousse vers la formalisation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Quatri\u00e8me mesure : renforcer la taxation des \u0153uvres enregistr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Une taxation accrue s\u2019appliquerait aux \u0153uvres enregistr\u00e9es hors de Guin\u00e9e au moment de la d\u00e9claration. Cela cr\u00e9e une incitation \u00e9conomique pour les enregistrements locaux et renforce les revenus du BGDA.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Cinqui\u00e8me mesure : conditionner la d\u00e9claration des \u0153uvres \u00e0 un quitus fiscal. Toute d\u00e9claration aupr\u00e8s du BGDA serait accompagn\u00e9e d\u2019un quitus fiscal du studio d\u2019enregistrement et du producteur. Sans ces documents, aucune \u0153uvre ne pourrait \u00eatre enregistr\u00e9e ou diffus\u00e9e. Cela cr\u00e9e une incitation \u00e0 la formalisation fiscale.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">L\u2019objectif de ces cinq mesures est simple : doter la Guin\u00e9e d\u2019une industrie musicale forte, bien organis\u00e9e, assainie des amateurs et des opportunistes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Toutes fois, la Guin\u00e9e s\u2019est concentr\u00e9e sur une mission\u00a0 faire fonctionner le Bureau Guin\u00e9en des Droits d\u2019Auteurs comme redistributeur de droits. C\u2019est louable, certes n\u00e9cessaire mais insuffisant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">L\u2019\u00c9tat peut \u00e9tablir des r\u00e8gles. Il peut payer les cr\u00e9anciers. Il ne peut pas cr\u00e9er les march\u00e9s. Car seul le secteur priv\u00e9 structure un march\u00e9. En Guin\u00e9e comme ailleurs en Afrique de l\u2019Ouest, l\u2019\u00c9tat a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 le m\u00e9c\u00e8ne par excellence. Il offre des maisons, des v\u00e9hicules, des billets d\u2019avion aux artistes. C\u2019\u00e9tait sa posture traditionnelle. Mais cela ne cr\u00e9e pas une industrie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Or, on attend que la redistribution des droits cr\u00e9e une \u00e9conomie. Ce n\u2019est pas du tout ainsi que fonctionne l\u2019\u00e9conomie cr\u00e9ative.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Voici comment \u00e7a marche vraiment\u00a0 un tourneur propose un circuit de salles. Un artiste y joue. Les revenus du concert constituent le vivier principal. Les droits d\u2019auteur assurent la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Les sponsorships alimentent la production.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">On pense souvent que la redistribution des droits cr\u00e9e ce circuit. Ce n\u2019est pas ais\u00e9. Il faut d\u2019abord cr\u00e9er le circuit a travers la disponibilit\u00e9 des\u00a0 salles, les tourneurs, les sponsors form\u00e9s. Ensuite, la redistribution des droits en sera le filet de s\u00e9curit\u00e9. L\u2019\u00c9tat doit-il se retirer ? Non ! Mais il doit changer de r\u00f4le. Passer de payeur \u00e0 facilitateur. Cela signifie \u00e9crire un Code de l\u2019Artiste avec un vrai statut, une couverture sociale, une imposition clarifi\u00e9e. Instituer un cadre fiscal du m\u00e9c\u00e9nat, o\u00f9 les entreprises qui investissent dans la culture b\u00e9n\u00e9ficient de d\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4ts. Subventionner l\u2019infrastructure les salles, les studios. Laisser les m\u00e9c\u00e8nes, les tourneurs, les agents faire leur m\u00e9tier sans ing\u00e9rence politique.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Vers la professionnalisation des m\u00e9c\u00e8nes et op\u00e9rateurs<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Le m\u00e9c\u00e8ne de talent existe en Guin\u00e9e. Mais l\u2019op\u00e9rateur culturel, lui, n\u2019existe pas comme cat\u00e9gorie l\u00e9gale. Un promoteur de concert se d\u00e9clare lui-m\u00eame. Il n\u2019a aucune accr\u00e9ditation, aucune obligation de transparence, aucune assurance. Le festival na\u00eet de sa volont\u00e9 personnelle et meurt avec elle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Pour vraiment professionnaliser le secteur, trois \u00e9l\u00e9ments manquent. D\u2019abord, un label d\u2019agr\u00e9ment. Quiconque veut devenir manager, agent, tourneur ou organisateur culturel doit suivre une formation minimale, obtenir une certification, accepter des obligations de transparence financi\u00e8re, d\u2019assurance, de clauses de sortie d\u00e9finies. Cela \u00e9limine les pr\u00e9dateurs et les amateurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Ensuite, des contrats-types. Le BGDA ou le minist\u00e8re de la Culture devrait publier des mod\u00e8les de contrats : m\u00e9c\u00e8ne-artiste, manager-artiste, tourneur-artiste. Chacun clarifie les droits, les obligations, les dur\u00e9es, les clauses de rupture. D\u2019autres pays avanc\u00e9s ont fait cela. La Guin\u00e9e peut copier, adapter, et laisser le march\u00e9 librement utiliser ces template.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Et puis, une plateforme de r\u00e9seautage. Un endroit o\u00f9 artistes cherchant un manager rencontrent des managers. O\u00f9 m\u00e9c\u00e8nes cherchant des projets trouvent des artistes. O\u00f9 tourneurs cherchant des artistes dialoguent avec eux. O\u00f9 festivals cherchant des partenaires les trouvent. Cela existe ailleurs : souvent publique, subventionn\u00e9e, laissant le march\u00e9 faire le reste.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Ainsi, un artiste viable n\u2019a jamais une seule source de revenus. Il en combine plusieurs. Les revenus de sc\u00e8ne : concerts, tourn\u00e9es, festivals. C\u2019est de 40 \u00e0 60 pour cent du total. Les droits d\u2019auteur de radio, TV, t\u00e9l\u00e9coms, streaming. De 15 \u00e0 25 pour cent. C\u2019est du revenu diff\u00e9r\u00e9, collectif, qui sert de s\u00e9curit\u00e9 sociale. La synchronisation pour les films, les publicit\u00e9s, les s\u00e9ries, les jeux vid\u00e9o. De 10 \u00e0 15 pour cent. Les partenariats de marque, les sponsorships, les collaborations. De 10 \u00e0 20 pour cent. Et puis l\u2019entrepreneuriat culturel : produire pour d\u2019autres, enseigner, g\u00e9rer un studio, cr\u00e9er un label. De 5 \u00e0 15 pour cent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Aucune de ces sources seule ne suffit. Ensemble, elles forment un \u00e9cosyst\u00e8me r\u00e9silient.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Comment un artiste guin\u00e9en sort-il de Conakry ? Pas en postulant seul \u00e0 des festivals europ\u00e9ens. En passant par un r\u00e9seau de bookers et de tourneurs r\u00e9gionaux et internationaux reconnus.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Ces professionnels cherchent des artistes qui ont d\u00e9j\u00e0 une pr\u00e9sence locale. Des albums publi\u00e9s, des concerts valid\u00e9s, des audiences mesurables. Ils veulent aussi un point de contact fiable. Un agent ou un label capable de n\u00e9gocier, de produire des photos, des vid\u00e9os, des bios, de g\u00e9rer les d\u00e9tails logistiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">En Guin\u00e9e, cela n\u2019existe presque pas. Queen Rima \u00e0 travers Ouria Music est un des tr\u00e8s rares \u00e0 se compter au bout des doigts d\u2019une main. Elle a d\u00fb s\u2019appuyer sur des r\u00e9seaux \u00e0 RFI, sur des ressources personnelles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays pour r\u00e9aliser son circuit. Un label ou une agence guin\u00e9enne comp\u00e9titive aurait une pr\u00e9sence web en trois langues, un portfolio d\u2019artistes, un track record de tourn\u00e9es, des relations avec les bookers d\u2019Afrique, d\u2019Europe et du monde.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">L\u2019\u00c9tat pourrait encourager le type de label \u00e0 l\u2019image d\u2019Ouria Music. Subventionner un Bureau de Booking Guin\u00e9en qui repr\u00e9sente les artistes aupr\u00e8s des tourneurs r\u00e9gionaux et internationaux. Accorder des visas culturels simplifi\u00e9s aux tourneurs \u00e9trangers. Cr\u00e9er des r\u00e9sidences d\u2019artistes pour que les \u00e9quipes de production internationale viennent enregistrer ou tourner. Exon\u00e9rer de TVA l\u2019import et l\u2019export de mat\u00e9riel musical et technique.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Les cinq r\u00e9formes d\u2019urgence<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Premi\u00e8re r\u00e9forme : adopter une Loi portant Statut de l\u2019Artiste, comme au S\u00e9n\u00e9gal qui a valid\u00e9 son texte en f\u00e9vrier 2024. Deuxi\u00e8me r\u00e9forme : cr\u00e9er un cadre fiscal du m\u00e9c\u00e9nat, inspir\u00e9 de la Loi L\u00e9otard fran\u00e7aise. Troisi\u00e8me r\u00e9forme : instituer une plateforme publique de r\u00e9seautage pour les artistes, les m\u00e9c\u00e8nes, les tourneurs, les festivals. Quatri\u00e8me r\u00e9forme : mettre en ligne des contrats-types pour manager-artiste, m\u00e9c\u00e8ne-artiste, tourneur-artiste. Cinqui\u00e8me r\u00e9forme : encourager la cr\u00e9ation d\u2019autres labels et instituer un circuit de reconnaissance pour les op\u00e9rateurs culturels professionnels.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Les musiciens guin\u00e9ens ont amorc\u00e9 depuis un an une r\u00e9flexion sur la cr\u00e9ation d\u2019un syndicat \u00e0 travers l\u2019UNAMGUI. Cela doit advenir et s\u2019institutionnaliser. Mais pas comme une plainte collective. Comme un outil de n\u00e9gociation collective avec l\u2019\u00c9tat.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Le syndicat doit d\u00e9fendre trois choses. Le droit collectif \u00e0 un statut l\u00e9gal. Une v\u00e9ritable Loi de l\u2019Artiste. L\u2019acc\u00e8s \u00e9quitable aux ressources publiques : subventions, r\u00e9sidences, formations. La transparence du BGDA : rapports semestriels publics, audits externes, repr\u00e9sentation artistique au conseil d\u2019administration.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Mais les artistes doivent aussi faire preuve d\u2019initiative. Ne plus attendre l\u2019\u00c9tat pour sortir de Conakry. Prendre contact avec des agents, des tourneurs, des labels r\u00e9gionaux. Former des collectifs : pas un artiste seul contre mille agents, mais une coop\u00e9rative de jeunes musiciens payant ensemble un agent et un tourneur. Documenter chaque sortie, chaque collaboration. C\u2019est votre portfolio aupr\u00e8s du monde. Refuser les contrats verbaux. Insister pour du papier. Cela vous prot\u00e8ge et vous professionnalise.<\/span><\/p>\n<ol>\n<li><strong><span style=\"font-size: 16pt\">Conclusion. L\u2019industrie ou l\u2019extinction<\/span><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">La Guin\u00e9e a tous les \u00e9l\u00e9ments pour construire une industrie musicale comp\u00e9titive en Afrique de l\u2019Ouest. Elle a l\u2019h\u00e9ritage. Elle a les talents \u00e9mergents. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 assainir la gestion collective des droits. Mais elle confond s\u00e9curit\u00e9 avec viabilit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Payer les artistes c\u2019est bien. Leur cr\u00e9er un \u00e9cosyst\u00e8me c\u2019est mieux. L\u2019\u00c9tat a fourni l\u2019argent jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Il doit maintenant fournir la structure. Les m\u00e9c\u00e8nes, les tourneurs, les agents viendront remplir cette structure. Mais elle doit d\u2019abord exister.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Sans cette construction, la Guin\u00e9e continuera \u00e0 produire des talents qui s\u2019exportent ailleurs. Avec elle, elle peut devenir un carrefour de la cr\u00e9ation ouest-africaine. Ce qu\u2019Abidjan est pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Ce que Lagos s\u2019appr\u00eate \u00e0 \u00eatre pour le Nigeria. Le moment n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi critique. Et l\u2019opportunit\u00e9 jamais aussi claire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 16pt\">Par <strong>Mathieu Moussa KOUROUMA<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis avril 2026, le Bureau Guin\u00e9en du Droit d\u2019Auteur a remis un montant historique aux mains des artistes, 13,64 milliards de francs guin\u00e9ens. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement sans pr\u00e9c\u00e9dent pour le secteur. Tout le monde s\u2019en r\u00e9jouit. Mais regardez de plus pr\u00e8s et quelque chose cloche. L\u2019\u00c9tat a fait ce qu\u2019il devait faire. 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