De 2015 à 2025, Aminata Pilimini Diallo a été de tous les combats pour les droits des femmes en Guinée. Avec « Lettre à ma sœur », publié aux éditions Le Fil d’Ariane, elle transforme ses articles et posts militants en un plaidoyer littéraire universel. Entre besoin de transmission et nécessité de « mettre des mots sur les maux », elle revient pour nous sur la genèse de ce livre-bilan qui bouscule les codes et séduit bien au-delà du cercle militant.
Découvrez cette interview ci-dessous :
Pouvez-vous nous présenter l’essence de votre ouvrage « Lettre à ma sœur » ?
Aminata Pilimini Diallo : « Lettre à ma sœur » est un ouvrage qui retrace mes dix ans de féminisme, d’activisme et de journalisme sur les questions de femmes. C’est le résumé de la période 2015-2025. Il y aura sûrement des non-dits, mais ce livre peut aider toute personne s’intéressant au féminisme, particulièrement guinéen, à découvrir beaucoup de choses.
Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussée à quitter le format court de l’article journalistique pour la temporalité plus longue de ce premier livre ?
Aminata Pilimini Diallo : J’ai toujours voulu être romancière, depuis le primaire. En janvier 2025, j’ai tenté d’écrire plus longuement. J’ai repris des articles sur les violences faites aux femmes pour aller davantage en détail. Quelque chose me disait que si Internet ou les réseaux sociaux s’arrêtaient un jour, le livre, lui, resterait. Les documents écrits existent depuis toujours et peuvent être recherchés même après des siècles. Pour moi, dans cent ou mille ans, ce roman existera encore. J’ai voulu consigner ce que j’ai fait de plus important sur les droits des femmes pour que cela demeure. C’est ce qui m’a animée à aller en profondeur dans l’écriture.
Pourquoi avoir choisi la forme de la « lettre » ? Est-ce une manière de rendre le discours féministe plus intime, plus accessible ou, au contraire, plus percutant ?
Aminata Pilimini Diallo : L’ouvrage de Mariama Bâ m’a beaucoup inspirée. Ensuite, le genre épistolaire est assez rare. Je voulais parler directement à la personne plutôt que de narrer. J’étais plus à l’aise en m’adressant directement à la fille ou à la femme qui va me lire. C’était mon style, l’idée que je m’en faisais. C’est plus accessible : chaque lectrice peut se dire que cette lettre lui est personnellement destinée dès l’introduction « Coucou petite sœur ». Bien que des hommes et des aînées me liront, ce style me fascinait. Chaque femme peut penser que je lui parle directement.
Qui est cette « sœur » à laquelle vous vous adressez ? Est-ce une figure de votre cercle privé, ou est-ce une adresse universelle à toutes les femmes qui partagent vos luttes ?
Aminata Pilimini Diallo : Ma sœur, c’est toute femme ou fille, partout dans le monde, qu’elle soit féministe ou non, activiste ou non. « Lettre à ma sœur » ne traite pas uniquement de féminisme ; il y est question de confiance en soi et de force morale face aux réalités sociales. Que l’on soit Guinéenne, Sénégalaise, Africaine ou Européenne, de cette génération ou de la suivante, on peut y trouver son compte. C’est une adresse à celle que je connais comme à celle que je ne connais pas.
Quels sont, selon vous, les « nouveaux combats » que vous abordez dans cet ouvrage et qui n’auraient pas pu trouver d’écho il y a dix ans ?
Aminata Pilimini Diallo : Je pense qu’il n’y a qu’un seul combat : le féminisme. Ce qui ressort ici, c’est l’acte de produire de la littérature féministe pour visibiliser la lutte. Les thématiques comme le viol ou l’excision existaient déjà il y a des années. Il n’y a pas forcément de nouvelle forme de violence ou de force féminine, mais l’évolution réside dans le fait de mettre des mots sur nos maux et de promouvoir nos actions.
L’écriture de ce livre a-t-elle modifié votre regard ou votre manière d’exercer votre métier de journaliste au quotidien ?
Aminata Pilimini Diallo : Peut-être. Quand j’écrivais ce livre, je ne pratiquais plus le journalisme actif, mais mon côté féministe, journaliste et écrivain se rejoignent. Le journalisme demande d’être factuel et précis, ce qui diffère du roman. Initialement, j’écrivais comme une journaliste ou une « Facebookeuse », mais les corrections éditoriales m’ont montré que le style littéraire obéit à d’autres règles. J’ai appris que savoir écrire pour les médias ne fait pas de nous une écrivaine sans effort de style. Cela m’a montré qu’il fallait faire évoluer ma plume pour la littérature, même si je préfère garder mon authenticité et laisser les professionnels corriger la forme.
Quel est le message principal que vous aimeriez que les jeunes lectrices retiennent de votre parcours ?
Aminata Pilimini Diallo : Qu’elles choisissent ce qu’elles veulent faire. Je ne dirais à aucune fille de devenir féministe, mais je conseillerai toujours celle qui fait ce choix. Le message est d’avoir confiance en soi et un moral d’acier. Nous vivons dans un monde difficile. Qu’on soit féministe ou non, la force mentale est indispensable pour ne pas souffrir.
Depuis la sortie de l’ouvrage, quel est le retour de lectrice qui vous a le plus touchée ou surprise ?
Aminata Pilimini Diallo : Les retours me disent que l’ouvrage donne de la force. Mon éditrice au Sénégal et une formatrice camerounaise m’ont fait des retours poignants, ce qui compte beaucoup car elles connaissent bien la littérature. Ce qui m’a surprise, c’est l’intérêt des hommes : certains en ont acheté cinq ou dix exemplaires pour les offrir. Ma famille, paternelle comme maternelle, m’a également surprise. Même ceux qui ne parlaient jamais de mon combat m’ont appelée, fiers de voir que l’une des leurs a écrit un livre. Cette fierté familiale et l’engouement des hommes que je ne connais pas sont mes plus grandes surprises.
De combien de chapitres se compose l’ouvrage et chez quelle maison d’édition est-il publié ?
Aminata Pilimini Diallo : Le livre comporte quinze chapitres. Il est publié par la maison d’édition « Le Fil d’Ariane » à Dakar, qui édite exclusivement des femmes ou des ouvrages traitant des questions féminines.
Quel serait votre mot de la fin pour nos lecteurs ?
Aminata Pilimini Diallo : J’aimerais que chacun y puise quelque chose de positif. Ce roman ne parle pas de ma personne, mais de mon combat, pour inspirer et ouvrir le débat. J’invite tout le monde à l’acheter pour y trouver cette touche féministe que j’ai voulu laisser. J’espère que cet écrit perdurera longtemps. Merci pour le soutien et bonne chance à nous tous dans nos projets.
Aboubacar Fodé Bangoura




