Le célèbre reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly s’est récemment confié au micro de RFI, offrant un regard intime sur sa passion pour le reggae, l’héritage de Bob Marley et son engagement continu pour l’éveil des consciences en Afrique.

L’artiste a partagé un souvenir marquant de son enfance : le jour de la mort de Bob Marley. Âgé de 13 ans et déjà grand amateur de reggae, le jeune Tiken est bouleversé par la nouvelle. Il raconte la scène avec émotion : sa cousine, consciente de sa passion, lui annonce le décès de la légende. « Hey, votre chanteur, votre chef-là est mort aujourd’hui. Celui que tu écoutes toujours. »

Sous le coup de l’émotion, il fond en larmes, comme s’il avait perdu un membre de sa famille. Sa cousine lui demande : « Pourquoi tu pleures ? Ce n’est même pas ton parent. » Pour Tiken, c’est pourtant bien plus que cela. Cette douleur témoigne de l’attachement qu’il a déjà pour cette musique et son message, posant les bases de son propre parcours.

Pour Tiken Jah Fakoly, le reggae est avant tout une « musique de combat » et d’éveil des consciences. Il estime que ce combat doit continuer, car le continent africain a encore besoin d’être « galvanisé ». Il y voit une véritable prophétie de Bob Marley qui s’est réalisée.

Dans une interview, Bob Marley avait prédit que le reggae finirait par retourner à sa « source », l’Afrique, où il prendrait sa « vraie place ». Tiken Jah Fakoly interprète la mort de Marley en 1981, suivie de la sortie de la chanson « Brigadier Sabari » d’Alpha Blondy en 1982, comme un passage de flambeau symbolique. Le relais a été donné à l’Afrique pour poursuivre la mission du reggae.

Malgré la reconnaissance mondiale du reggae, Tiken Jah Fakoly déplore qu’il soit encore « bloqué par les médias en Afrique ». Selon lui, cette censure s’explique par le fait que les médias « n’ont pas envie d’entendre ce que le reggae dit », à savoir des messages forts de justice sociale et de prise de conscience politique.

Cependant, l’artiste reste optimiste et déterminé. Il affirme que le combat continuera, avec ou sans le soutien des médias traditionnels. Pour lui et pour les autres artistes engagés, la musique a déjà trouvé son public et son influence, car « on est déjà sur nos toits ».

Aboubacar Fodé Bangoura