Après plus de vingt ans de silence et d’absence à l’international, les mythiques Ballets Africains de Guinée signent un retour magistral sous les projecteurs. Le lundi 13 avril 2026, la troupe a investi la scène du Palais de la Culture Bernard Binlin-Dadié d’Abidjan, dans le cadre de la 14e édition du Marché des Arts du Spectacle Africain (MASA).

Pour acter cette renaissance, la compagnie a présenté « Mansa Moussa », une fresque historique retraçant la vie du dixième souverain de l’empire du Mali (1312-1337). Ce monarque, souvent cité comme l’homme le plus riche de l’histoire, incarne ici la grandeur et le raffinement de la civilisation africaine.

L’attente était palpable dans la salle François Lougah. À 22h13, les artistes ont enfin foulé les planches pour quarante minutes d’une performance intense. Mêlant danses acrobatiques, chants polyphoniques et percussions effrénées, la troupe a fait vibrer les couleurs de la Guinée, rappelant le prestige de ce patrimoine qu’ils ont porté aux quatre coins du globe.

Moustapha Bangoura, directeur artistique adjoint et chorégraphe, souligne l’importance de ce patrimoine : « C’est une nouvelle création des Ballets Africaines de Guinée, les Ballets africains, c’est l’une des plus grandes attractions mondiales qui a été créée depuis 1942 par le célèbre feu Keïta Fodéba. On ne peut pas l’oublier, parce qu’on cherche à l’immortaliser. Aujourd’hui, les troupes africaines s’inspirent sur les Ballets Africaines depuis sa création. »

Cette longue éclipse internationale s’explique par des enjeux de production et un besoin vital de restructuration interne : « Vous le savez, bien sûr, 20 ans d’absence sur le marché international, parce qu’on a resté beaucoup longtemps. Ça dépend de la façon où la programmation des producteurs nous a manqué. Et ça nous a permis de rester un peu longtemps. Et ça nous a permis également de rajeunir la troupe. Parce qu’il faut qu’il y ait la continuité. Moi, par exemple, je suis entré dans les Ballets Africaines depuis 1975. Donc il faut que les anciens acceptent la nouvelle génération pour qu’il y ait cette continuité. »

Il poursuit avec franchise sur les difficultés passées : « On sortait pendant l’époque un an, deux ans, trois ans de tournée. Mais on est resté un peu longtemps. Il y a 20 ans, on est en Guinée, on n’a pas eu assez de contrats. Donc c’est pourquoi on cherche maintenant à remercier les Ballets Africains pour avoir des tournées, pour nous prendre encore notre place d’entant. »

Pour relever ce défi, un rigoureux processus de sélection a été mis en place afin d’insuffler un sang neuf à la formation. « Pour mettre ce spectacle en place, ça nous a pris plus d’une année. Parce qu’on a fait d’abord un casting. On a fait un casting pour qu’on puisse renouveler le groupe. Parce que quel que soit ta force, la ténacité, à un âge avancé tu seras appelé à la retraite. »

Ce passage de témoin entre les vétérans et la nouvelle garde semble porter ses fruits. À Abidjan, la magie a opéré : entre virtuosité technique et ferveur spirituelle, les Ballets Africains ont prouvé que, malgré les années de silence, leur âme demeure intacte. Ce retour au MASA n’est sans doute que le premier pas d’une nouvelle conquête des scènes mondiales, là où la légende de la Guinée demande encore et toujours à être contée.

Par Aboubacar Fodé Bangoura, envoyé spécial à Abidjan