Le monde de la culture guinéenne est en deuil depuis l’annonce du décès de Big Desailly, survenu le dimanche 1er mars 2026 au CHU Donka. Parmi la vague de réactions qui inonde les réseaux sociaux, celle du reggaeman et homme politique Elie Kamano se distingue par sa profondeur. Dans un témoignage vibrant de reconnaissance et de respect, l’artiste peint le portrait d’un homme qui a été bien plus qu’un simple manager : un véritable ciment pour la culture urbaine.

Pour Elie Kamano, Big Desailly incarne l’âge d’or du mouvement hip-hop en Guinée. À une époque où la compétition entre les groupes était féroce, Desailly avait cette capacité rare de fédérer les énergies au-delà des rivalités de clans.

« Pendant les années d’or du hip-hop, la Guinée a connu une forte croissance de son secteur culturel urbain, avec l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes managers et promoteurs de spectacles engagés pour sa cause. Les groupes de rap se bousculaient sur scène et en studio, toujours accompagnés d’un ami, d’un frère ou d’un passionné de hip-hop qui jouait le rôle de manager et de protecteur. Chacun était dans l’esprit de son crew, mais Desailly, quant à lui, était dans l’esprit de tous les crews. Il transcendait les clivages et les limites que nous nous assignions, en raison de l’adversité qui nous animait. »

Au-delà de ses compétences professionnelles, c’est l’intégrité et le désintéressement de l’homme que le « Maréchal » du reggae souligne. Dans un milieu souvent marqué par les enjeux financiers, Big Desailly se distinguait par sa passion dévorante et sa modestie.

« Il croyait en la musique, et particulièrement au hip-hop. Il a consacré sa vie à produire et à accompagner les autres, sans jamais se montrer gourmand. Il se contentait du minimum que tu lui donnais en guise de cachet pour un service ou une tâche accomplie, avec l’envie de revenir encore et encore. »

Le lien entre les deux hommes était également jalonné de respect mutuel et d’étapes de vie marquantes. Elie Kamano rappelle notamment que Big Desailly a été l’architecte de l’un des tournants majeurs de sa carrière publique.

« Il m’appelait affectueusement “Prési”, car c’est lui-même qui avait organisé la cérémonie au cours de laquelle j’avais officiellement fait mon entrée en politique, en présence de plusieurs Ar-tristes guinéens, à mon siège de Yembeya. Tu mérites ma plume, mon frère Desailly, tu mérites mes hommages. »

En guise de conclusion, Elie Kamano exprime un regret teinté d’amertume sur le manque de reconnaissance institutionnelle envers ces acteurs de l’ombre qui portent la culture à bout de bras.

« Dans un pays normal, on t’aurait accordé un symposium pour les services rendus à la culture de ton pays. Va en paix, frère. Que la terre de tes ancêtres, que tu as tant servie, te soit légère. Amen. BIG DESAILLY »

Le départ de Big Desailly laisse un vide immense au sein de la grande famille culturelle guinéenne. Comme le souligne si bien Elie Kamano, il restera ce manager « protecteur », celui qui a su transformer l’adversité des débuts en une force collective au service de la musique.

Aboubacar Fodé Bangoura