Après New York et Bruxelles, la troisième édition des 72 Heures du Textile Guinéen et Africain posera ses valises à Genève (Suisse) du 30 septembre au 2 octobre 2026. Porté par la Coordination Générale de la Mode en Guinée, cet événement itinérant s’impose désormais comme une vitrine incontournable pour le savoir-faire artisanal et l’entrepreneuriat culturel africain à l’échelle internationale. Rencontre avec Mohamed Kouyaté, coordinateur général de la Mode en Guinée et commissaire général de l’événement, qui nous dévoile les ambitions, les innovations majeures et les opportunités économiques de cette édition helvétique prometteuse. 

Retrouvez l’entretien ci-dessous :

Tabouleinfos : Parlez-moi des 72 Heures du Textile Guinéen et Africain.

Mohamed Kouyaté : Les 72 Heures du Textile Guinéen et Africain sont une initiative de la Coordination Générale de la Mode en Guinée. Notre organisation est une ONG guinéenne qui a pour objectif l’unification des secteurs de la mode en Guinée, ainsi que la promotion de ses acteurs sur les plans national et international. L’idée de cet événement est née de cette volonté de propulser et de valoriser le talent de nos créateurs à l’échelle mondiale. 

Tabouleinfos : L’édition 2024 à Bruxelles a marqué les esprits par son immersion au cœur de l’Europe. Avec le recul, quel a été l’impact concret de cet événement sur la visibilité internationale de nos textiles et sur les opportunités d’affaires pour les artisans présents ? 

Mohamed Kouyaté : Pour rappel, la première édition s’est tenue à New York en 2023, et la deuxième à Bruxelles en 2024. Cette deuxième édition a été, à ce jour, l’une de nos plus belles réussites. Elle s’est distinguée par une forte affluence et un engagement remarquable autour des artisans africains qui ont fait le déplacement.

Les retombées économiques ont été très concrètes : la majorité des artisans présents ont réalisé d’excellentes ventes. Je tiens d’ailleurs à remercier chaleureusement le public belge et européen pour sa présence massive. De plus, cette édition a marqué un tournant grâce à l’implication de partenaires institutionnels majeurs tels que l’agence Enabel, l’Office National de la Promotion de l’Artisanat (ONPA), le Ministère de la Culture, le FODAC, ainsi que plusieurs appuis au niveau européen. 

Tabouleinfos : En quoi cet événement se distingue-t-il des autres rendez-vous de mode internationaux ?

Mohamed Kouyaté : Ce qui nous différencie radicalement, c’est notre authenticité, notre contenu purement africain et l’originalité des produits exposés. Nous misons tout sur la valorisation du contenu local.

De plus, contrairement à d’autres grands rendez-vous internationaux organisés à l’étranger par des tiers où les Africains sont simplement invités, les 72 Heures du Textile sont entièrement conçues et pilotées par des Guinéens et des Africains, directement sur le sol international. C’est un espace d’expression libre où nous écrivons notre propre histoire.

Tabouleinfos : Pourquoi avoir porté votre choix sur Genève pour cette 3e édition et quels sont vos objectifs spécifiques ?

Mohamed Kouyate : Genève est un carrefour stratégique pour la diplomatie et les organisations internationales. Notre choix vise à faire rayonner le savoir-faire guinéen et africain en Europe et plus particulièrement en Suisse, en y créant de nouvelles opportunités économiques et commerciales. Nous voulons valoriser notre patrimoine, renforcer les échanges culturels, mettre en avant l’innovation de la jeunesse africaine et promouvoir une image positive et attractive de la Guinée.

Notre objectif principal reste la rentabilité économique et la visibilité des artisans. Nous voulons que chaque participant puisse vendre ses créations, mais aussi promouvoir son image de marque. C’est pourquoi nous mettons un accent tout particulier sur la communication et l’innovation cette année. 

Tabouleinfos : En quoi cette édition de Genève se distinguera-t-elle des précédentes au niveau de la programmation ?

Mohamed Kouyaté : Le monde évolue et nous devons nous adapter. Le programme se déploiera sur trois journées intenses :

Première journée : Le lancement officiel de l’ensemble des activités.

Deuxième journée : L’ouverture des expositions et un grand défilé de mode entièrement ouvert au public.

Troisième journée : La clôture de l’exposition, suivie de la prestigieuse Grande Nuit du Textile Guinéen et Africain à Genève.

Parmi les grandes nouveautés, nous installons un « tapis rose » exclusif pour offrir aux stylistes et créateurs une visibilité internationale inédite lors de leurs passages. Côté médias, nous mettons en place des plateaux d’interview dédiés en partenariat avec la presse présente. Chaque artisan pourra ainsi prendre la parole pour décrypter son produit, expliquer sa démarche et séduire le public.

Tabouleinfos : Pour les créateurs et entrepreneurs du textile qui rêvent de participer à cette aventure suisse, quels sont les critères de sélection essentiels ?

Mohamed Kouyaté : Nous recherchons des profils variés, tous ancrés dans l’écosystème de la mode : artisans, tisserands, stylistes, modélistes, designers et entreprises de mode, spécialisés dans la mise en valeur des produits artisanaux guinéens et africains.

Les inscriptions se font directement sur notre site web : www.rojemonde.com, où toutes les démarches sont détaillées. Pour postuler, les candidats doivent fournir une copie de leur passeport, un dossier de présentation de leur entreprise ou leur registre du commerce (RCCM). Le comité d’organisation analysera ensuite chaque dossier pour valider l’éligibilité des exposants.

Tabouleinfos : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux partenaires institutionnels et aux investisseurs qui hésiteraient encore à soutenir ce secteur ?

Mohamed Kouyaté : L’Afrique bouge, le monde bouge, et la Guinée bouge ! C’est le message fort que nous lançons. Nous invitons toutes les institutions nationales et internationales à soutenir ce projet d’envergure.

Voyager avec le textile africain et ses artisans, c’est déplacer tout un pan de notre culture pour conquérir le monde. Valoriser et vendre nos produits artisanaux à l’international génère une véritable valeur ajoutée économique pour la Guinée et pour le continent, tout en positionnant notre patrimoine au premier plan de la scène mondiale.

Aboubacar Fodé Bangoura