Seyni Kouyaté et Sira Condé sont actuellement à Dalaba pour la 17e édition du Festival Jazz And Co. Lors d’un échange, le reggaeman, leader du groupe Seyni Djeliba, et la chanteuse ont partagé des témoignages émouvants sur feu Souleymane Koly, décédé le 1er août 2014 à l’âge de 69 ans.
Producteur, réalisateur, metteur en scène, dramaturge, chorégraphe, musicien et pédagogue, Koly demeure une figure majeure de la scène artistique guinéenne et africaine. Cet homme a profondément marqué la carrière de Seyni Kouyaté et Sira Condé.
Devant un groupe de personnes, le reggaeman a rappelé le rôle fondateur de Souleymane Koly dans son parcours. Bien qu’issu d’une famille de griots, le chanteur confie qu’il manquait d’assurance en sa voix avant de croiser la route du maître.
« J’avais honte de ma voix, mais c’est lui qui m’a dit : tu as une belle voix, travaille-la comme ta musique. »
Suivant ses conseils, il commence par interpréter des chants traditionnels. Mais Koly l’encourage rapidement à sortir de l’imitation pour créer une identité musicale unique.
« Il m’a dit stop, tes cousins le font, ton papa l’a fait. Crée ton propre style. »
C’est ainsi que naît un style inédit, le « Yankadi Reggae », une fusion du balafon guinéen et du skank jamaïcain, devenue la signature artistique de Seyni Kouyaté.
De son côté, la chanteuse Sira Condé a évoqué sa rencontre déterminante avec le fondateur de l’Ensemble Kotéba. Timide à ses débuts, peu à l’aise avec les textes, elle se découvre sous le regard exigeant et bienveillant de Souleymane Koly.
« Quand je suis venue le premier jour, j’ai observé. Le deuxième jour, il m’a dit d’intégrer la création. En répondant au chœur, il m’a dit : toi, tu vas être une grande artiste. »
Une semaine plus tard, elle se voit confier un important texte de théâtre. Effrayée par l’ampleur du rôle, elle tente de reculer, mais Koly insiste.
« Il m’a dit : ce n’est pas trop, tu peux. »
Cette confiance la propulse jusqu’au MASA 2014 en Côte d’Ivoire. Elle se souvient également de leur dernier spectacle ensemble, marqué par la nécessité de jouer malgré la maladie.
« J’étais sous perfusion. Je lui ai dit : papa, je ne peux pas. Il m’a dit : il faut que tu viennes. J’ai joué ce jour-là, mais difficilement », a-t-elle témoigné.
Au sein de Kotéba, Sira apprend aussi la danse contemporaine auprès de Mathé Keïta et d’autres danseurs, consolidant la polyvalence qui caractérise aujourd’hui sa carrière.
Aboubacar Fodé Bangoura




