Quelques jours après la tenue de la première édition de l’événement Guinée Old School, qui a fait vibrer Conakry entre l’Hôtel Mariador Palace et le Palais du Peuple, les discussions continuent d’animer la scène musicale et les réseaux sociaux. Au cœur des débats : le fossé, ou le pont, entre les pionniers du mouvement et la jeune génération. Invité sur le plateau de l’émission Horizon Matin chez nos confrères d’Horizon Médias, Aladji Mamdi, figure incontournable du légendaire groupe de rap Silatigui, s’est exprimé sans filtre sur cette nouvelle vague artistique.
Pour Aladji Mamdi, le débat sur le regard porté par les aînés sur les jeunes talents ne doit pas être pris dans un seul sens. Selon lui, la question essentielle est aussi de savoir comment la relève perçoit ses devanciers. Un constat d’amertume traverse son propos : « Chaque fois, on nous demande c’est quoi notre regard sur la nouvelle génération. Et c’est quoi le regard de la nouvelle génération sur nous les légendes ? C’est ce qu’il faut poser. Parce qu’on se sent abandonnés par cette nouvelle génération… », confie-t-il au micro d’Horizon Médias.
L’artiste n’a pas hésité à aborder les tensions intergénérationnelles, pointant du doigt une sortie sur les réseaux sociaux qui a marqué les esprits. Prenant l’exemple de Djanii Alfa, qu’il qualifie affectueusement de « bon petit », il regrette des propos qu’il juge déplacés envers les fondateurs du genre :
« Vous avez vu par exemple, la sortie de Djanii Alfa, c’est mon bon petit, mais il dit que la old school c’est S.O.S. Mais il oublie que si nous, on n’avait pas rappé, lui ne serait pas rappeur… Je pense que la old school doit être respectée, on doit être un mythe pour eux. »
Une mise au point claire, adressée à ceux qui oublient parfois les sacrifices consentis par les pionniers pour bâtir les fondations du rap guinéen à une époque où tout était à faire.
Malgré ces piques légitimes et son appel vibrant à la reconnaissance des aînés, Aladji Mamdi ne tombe pas dans le dénigrement total. Le vétéran sait reconnaître le potentiel immense de la jeunesse actuelle. Il salue leur maîtrise technique et leur créativité, tout en émettant une réserve sur leur boussole artistique :
« Mon regard sur la nouvelle génération, c’est qu’ils sont perdus. C’est des bons rappeurs, c’est des bons chanteurs, ils ont le talent, big up à eux. Mais ils ont un problème d’identité, parce qu’ils s’inspirent de Niska, de B2O… alors qu’ils ont toutes les légendes vivantes en Guinée au lieu d’en profiter. Ils oublient que la France et la Guinée sont deux pays différents avec des réalités différentes. Quand tu écoutes du Damso, tu as plus ses idées dans ta tête, tu vas vouloir composer avec les mêmes lyrics en Guinée. Alors que ça ne colle pas. Le jeune Guinéen n’a pas besoin de cocaïne ou de crack dans sa vie. »
Entre nostalgie d’un âge d’or, exigence de reconnaissance et admiration pour le travail accompli par les petits frères, la sortie d’Aladji Mamdy relance plus que jamais le dialogue entre les générations.
Aboubacar Fodé Bangoura




