En marge de la 14e édition du Marché des Arts du Spectacle Africain d’Abidjan (MASA), qui s’est tenue du 11 au 18 avril 2026, l’équipe de Tabouleinfos a rencontré Spyrow. L’artiste reggae et animateur culturel ivoirien livre un regard sans détour sur l’évolution du mouvement rastafari en Afrique de l’Ouest, avec un hommage vibrant à la créativité guinéenne.
Si la Côte d’Ivoire demeure historiquement la terre des icônes mondiales comme Alpha Blondy ou Tiken Jah Fakoly, Spyrow estime que le vent tourne. Pour lui, la dynamique actuelle se trouve de l’autre côté de la frontière.
« Le reggae guinéen, c’est l’avenir », tranche l’artiste d’entrée de jeu. « Aujourd’hui, si on regarde les sondages, pour moi, le vrai pays qui valorise le vrai reggae et le dancehall, c’est la Guinée. Il n’y a pas de débat. »
Évoquant le cas de Takana Zion, souvent au cœur des discussions pour son style hybride, l’Ivoirien prend sa défense : « Je ne veux pas qu’on critique Takana. C’est vrai qu’il est très dancehall, mais la Guinée est aujourd’hui une grande nation qui fait la promotion du genre. Maximum respect. »
Ayant séjourné plusieurs fois en Guinée, Spyrow apporte une nuance technique intéressante sur les forces en présence. S’il reconnaît un talent vocal exceptionnel aux artistes guinéens, il estime que la Côte d’Ivoire conserve une longueur d’avance sur l’exécution instrumentale.
« En Côte d’Ivoire, on a cette chance d’avoir d’excellents musiciens et de bons chanteurs. En connaissance de cause, je dirais qu’il n’y a pas encore de musiciens de ce niveau en Guinée, mais il y a des chanteurs incroyables, surtout dans la génération dancehall », explique-t-il.
Cette avance ivoirienne s’explique, selon lui, par l’ancienneté du mouvement dans le pays : « Cela fait plus de 40 ans que nous sommes dans le reggae, il est donc normal qu’en termes d’évaluation, la Côte d’Ivoire soit plus en avance. »
Loin de vouloir alimenter une rivalité entre les deux nations, Spyrow voit dans l’éclosion des scènes sénégalaise, malienne ou burkinabè une victoire pour la culture rastafari. Pour lui, l’objectif est l’exportation globale du message social porté par le reggae.
« Je n’aime pas les comparaisons car chaque pays a sa vibration, son histoire et son vécu. C’est une fierté de savoir qu’on ne compte pas que sur la Côte d’Ivoire. Quand le reggae éclate partout ailleurs, c’est que notre objectif est proche d’être atteint », confie-t-il avec sagesse.
L’entretien s’est terminé sur une note plus personnelle. L’artiste ivoirien a tenu à saluer ses confrères et sa famille de cœur en Guinée, révélant au passage un lien intime avec le pays : « Big up à toute la famille en Guinée, car j’ai un sang là-bas, ma fille y vit. »
Il a également rendu un hommage appuyé aux figures du reggae local : « Une pensée pour mon frère Abdoul Jabbar qui nous a quittés. Force à Ras Condel, Takana Zion (Mangana), Eli Kamano et toute la team. On espère se retrouver bientôt pour des collaborations et ce partage culturel qui fait notre force. »
Propos recueillis par Aboubacar Fodé Bangoura depuis Abidjan




