Conakry vibre encore des échos du colloque sur « l’épopée de la culture guinéenne », organisé les 22 et 23 octobre derniers par Select Com au Musée national de Sandervalia. Parmi les figures marquantes de cette rencontre de haute volée, le journaliste culturel et directeur de festival sénégalais Alioune Diop a partagé son regard éclairé sur le patrimoine musical guinéen, plaidant avec ferveur pour un panafricanisme culturel ancré dans nos racines communes.

Venus de divers horizons de la sous-région pour célébrer l’histoire artistique de la Guinée, les panélistes et festivaliers ont ouvert un débat passionnant autour des politiques culturelles. Pour Alioune Diop, si les démarches, les populations ou les réalités patrimoniales peuvent différer d’un État à l’autre, l’essence demeure la même :

« Des politiques culturelles différentes, certes, dans la démarche, dans la population, dans nos réalités patrimoniales. Mais quand même, à la base, c’est sur le même socle. Valoriser nos arts, nos cultures et nos patrimoines. »

Évoquant la nécessité de prioriser nos traditions les plus anciennes, l’intellectuel sénégalais a rappelé l’interdépendance profonde qui unit les nations du continent. Qu’il s’agisse de la Guinée, du Sénégal ou du Liberia, les frontières géographiques s’effacent devant l’évidence d’un destin partagé :« Notre nationalisme, nous le conjuguons sur des bases panafricaines. C’est pourquoi on était bien à l’aise pour parler justement de l’évolution des musiques guinéennes avant les indépendances, jusqu’à cette période », confie-t-il.

Les musiques guinéennes, par leur richesse et leur complexité, résonnent comme une référence incontournable dans toute la sous-région ouest-africaine, attirant des observateurs venus scruter une scène à la vitalité intemporelle.

Au terme de ces deux journées d’échanges au Musée national de Sandervalia, le bilan est plus que positif. Alioune Diop repart les valises chargées de savoirs, de découvertes et d’un enthousiasme contagieux :« Avec beaucoup de joie, de bonheur, nous repartons avec beaucoup de bagages sur le plan culturel. Nous comprenons davantage ce que c’est que l’évolution des musiques guinéennes. »

Interrogé sur l’impact de ce colloque sur sa pratique journalistique, il l’affirme sans détour : le changement sera inévitable. Cet événement agit comme un véritable renforcement de capacités, lui offrant des clés de lecture inédites, tant sur le plan thématique qu’instrumental, sans oublier d’observer comment la Guinée a su intégrer les nouvelles technologies dans sa trajectoire artistique. « Donc, inévitablement, l’approche va varier, va changer, quand je vais parler de musique guinéenne prochainement, dans le cadre de mon travail. »

Qualifiant la musique guinéenne de tout simplement « agréable », le directeur de festival refuse l’idée d’un art monolithique. Il rappelle avec justesse la belle métaphore de l’ancien ministre de la Culture du Cap-Vert, Mario : « La musique, il n’y a qu’une seule musique, comme le ciel, il n’y a qu’un seul ciel, mais chaque pays a son ciel. »

Un ciel guinéen qu’Alioune Diop contemple et écoute avec une admiration de longue date. De ses monuments historiques aux voix contemporaines, son cœur balance entre les âges d’or et la modernité : « J’écoute beaucoup le Bembeya Jazz, les Amazones de Guinée, Kélétigui et ses Tambourinis, avant et juste après les indépendances. Mais j’écoute aussi Sia Tolno, et Sayon Camara que je vois tout le temps à la télévision. »

Véritable passionné, il confie suivre assidûment l’actualité culturelle du pays à travers le petit écran, s’imposant même une règle d’or : « C’est impensable de rester une journée sans regarder les éditions d’information télévisuelle. Ce n’est pas possible. »

Ces deux jours d’échanges sur l’épopée de la culture guinéenne marquent ainsi une étape clé pour le journaliste sénégalais, confortant une attention et un attachement qu’il entretient déjà au quotidien depuis Dakar.

Aboubacar Fodé Bangoura