De retour à Conakry depuis ce mercredi 28 octobre dans le cadre de la première édition de l’événement Guinée Old School qui s’annonce riche en émotions ce week-end à l’hôtel Mariador Palace et au Palais du Peuple, Masta Hams, membre du groupe Alkebulan s’est prononcé sans détour sur l’actualité musicale nationale. Interrogé sur la recrudescence des clashs entre les jeunes rappeurs guinéens, l’associé de Baara-K a tenu à recadrer les priorités, tout en saluant la vitalité d’une industrie qui continue de fonctionner.
Pour l’artiste, l’effervescence actuelle du rap guinéen témoigne d’une industrie en mouvement, ce qui demeure l’essentiel. Cependant, Masta Hams invite la nouvelle génération à prendre de la hauteur par rapport aux tensions stériles :
« Les clashs entre rappeurs, je pense qu’à notre temps, on avait beaucoup de choses à dire. On avait des messages qu’on avait envie de faire passer, puisqu’on n’avait pas le temps de se clasher. On voulait enseigner les jeunes, raconter ce qui n’allait pas dans notre pays, dénoncer la corruption. Presque tous les groupes avaient le même objectif. Ce n’était pas de venir insulter. »
Refusant d’importer des codes lointains déconnectés des réalités du continent, il rappelle l’essence du mouvement hip-hop local :
« Mais on a notre rap africain et notre rap guinéen. On ne va pas faire comme les Américains, c’est-à-dire s’insulter. Nous, on a d’autres messages plus importants. C’est pour cela qu’en notre temps, en tout cas, il n’y a pas eu beaucoup de clashs. On se soutenait, et des fois, il y a des featurings qui se créent entre les groupes. Il n’y a pas à faire de s’insulter, de se clasher. »
S’adressant directement à la relève, l’associé de Baara-K insiste sur le poids de l’histoire et la nécessité de porter haut les valeurs du pays à travers l’art :
« Mais je pense que c’est leur moment à eux, de comprendre qu’en Afrique, on a beaucoup de messages à faire passer. Ce n’est pas forcément bling-bling. On n’est pas nés avec de l’or. C’est bien, le pays est très riche, mais souvent, les jeunes artistes, ce sont des gars qui se battent bien pour s’en sortir. Donc, on a vraiment des messages à lancer à notre jeunesse qui va aussi grandir, au lieu de s’insulter. On ne doit pas leur montrer cette image-là de la Guinée. »
Il rappelle avec fierté l’héritage historique de la nation :
« Parce que la Guinée, on a inspiré depuis 1958. La Guinée, ce n’est pas un petit pays en Afrique. On a inspiré beaucoup de pays africains à avoir leur indépendance, à avoir leur liberté et tout. Donc, la Guinée, nous, on doit toujours quand même montrer cette identité qu’on a. C’est-à-dire qu’on ne raconte pas n’importe quoi, même si c’est dans la musique, même si on danse, on chante, mais les textes doivent être riches. C’est ce que j’ai à dire à la nouvelle génération. »
En guise de conclusion, Masta Hams réaffirme l’engagement militant qui a toujours caractérisé les pionniers du mouvement, invitant les artistes à faire de leur art un véritable vecteur d’éveil des consciences à l’aube des festivités de Guinée Old School :
« En tout cas, le combat continue. La musique, c’est notre arme, c’est notre micro et notre kalash. Donc, on ne baisse pas les bras et il faut toujours penser à faire passer les bons messages. »
Aboubacar Fodé Bangoura




