La semaine dernière, Tabouleinfos a tendu son micro à Sister Lessa. L’une des figures marquantes du rap féminin en Guinée s’est confiée sans langue de bois sur sa participation remarquée à la première édition de Guinée Old School, son actualité musicale bouillante et les leçons tirées de son parcours, notamment cet « album fantôme » qui n’a jamais vu le jour.

Prendre part à un événement intergénérationnel célébrant les pionniers et les bâtisseurs du mouvement n’était pas forcément prévu dans l’agenda de l’artiste. Pourtant, sa présence sur scène a fait l’unanimité.

« Ça a été un grand plaisir pour moi, parce que je n’étais pas sur la liste initiale. C’est un projet qu’ils ont lancé il y a plus de six mois, donc ce n’est pas ma génération. Mais comme je fais partie des rappeuses les plus anciennes de la nouvelle génération, ils ont fait un bilan par rapport aux années que j’ai pu tenir dans le rap. À la dernière minute, ils ont fait appel à moi pour que je puisse assister à ce grand événement. C’est donc un immense plaisir de me retrouver dans ce projet qu’on appelle Guinée Old School. », confie-t-elle.

Prête à renouer intensément avec son public, l’artiste dévoile les contours de sa mue artistique, combinant exigence personnelle et accessibilité pour s’imposer durablement dans les quartiers comme sur la scène internationale :

« Sister Lessa, la renaissance, c’est m’adapter à la tendance à travers les morceaux que j’enregistre. Que ce soit de la drill ou un rap plus facile, du quartier, accessible à tout le monde pour que je puisse me faire entendre dans les bas-quartiers, en Guinée comme à l’international. Je veux surtout me faire entendre par le public guinéen, qui a parfois du mal à chanter mes morceaux. Je veux proposer un rap plus simple pour que tout le monde s’y retrouve, tout en suivant la tendance et en restant moi-même », déclare la rappeuse.

En studio, la machine est d’ailleurs bel et bien lancée :

« Je suis en plein boulot. J’ai une bonne trentaine de morceaux en cours d’enregistrement avec mon directeur artistique. J’essaie de voir comment me remettre en tête d’affiche en organisant mon concert solo, que ce soit au centre culturel ou au stade. En tout cas, on est en train d’établir un bon planning pour que je revienne encore plus forte qu’avant. »

Un recul salutaire après l’épreuve de l’album avorté

Longtemps attendu par les mélomanes, le projet d’album de la rappeuse, finalement avorté, a fait l’objet d’un recul salutaire. Des désaccords avec l’équipe de l’époque ont certes ralenti la cadence, mais ils ont surtout permis à l’artiste de mûrir sa vision :

« Ce retard était dû à des désaccords avec l’équipe et les collaborateurs de l’époque. Finalement, j’ai pris du recul, je suis restée seule et j’ai beaucoup observé. Cela m’a pris au moins trois ans, mais cela m’a permis de comprendre beaucoup de choses, et Dieu merci. Je ne dis pas que je suis la plus intelligente ou la plus forte, mais cette version de moi est la meilleure que j’aie jamais eue. », explique Sister Lessa.

La position de l’intéressée est désormais claire : le passé appartient au passé, place à la nouveauté :

« L’album qui n’a pas vu le jour, c’est du passé. Il y a quelques extraits sur YouTube, les gens peuvent aller les écouter. Mais dire que cet album sortira un jour, je ne vais pas le promettre, car nous sommes dans la phase de la renaissance de Sister Lessa. C’est donc de nouveaux titres que vous allez découvrir. »

Entre transition assumée et préparation de ses futurs projets, Sister Lessa trace sa route avec l’ambition et la détermination de concrétiser ce retour très attendu par ses fans.

Retrouvez l’interview en vidéo ci-dessous !

Aboubacar Fodé Bangoura